Critique de SF1 dans Brins d'éternité n°22

Publié le par Thor

Rézine ; dans Brins d’Éternité n°22

Par Guillaume VOISINE

 

Station Fiction — mission 01 : Récif de Dante, hiver 2008.

 

Dirigé par Sébastien CLARAC, Station Fiction est un nouveau fanzine français « d’exploration des univers imaginaires ». Au sommaire, six nouvelles de qualité inégale. Avant de parler plus en profondeur des textes, quelques mots sur l’objet livre qu’est la revue : la mise en page est sobre et dégagée, ce qui assure une lecture agréable. On note quelques étrangetés graphiques à l’intérieur, qui sont peut-être dues à l’impression, mais rien de grave. L’éditorial est en fait un « béditorial », idée originale et amusante, mais qui a pour inconvénient de ne pas présenter convenablement la revue, ce qu’elle vise, ce qu’elle cherche. De plus, la B.D en question est plutôt pixellisée, pas suffisamment pour gêner la lecture, mais c’est tout de même dommage. Pour compenser, la couverture est en couleur, ce qui est très bien, surtout pour un premier numéro.

 

La section fiction s’ouvre sur al nouvelle Désert éternel e Cyril CARAU, qui raconte, dans une prose efficace, mais stylistiquement surchargée, l’histoire de Lesyphe. Celui-ci, après avoir assassiné un prêtre perverti et tyrannique, est condamné par les dieux à errer dans le désert pour l’éternité (d’où le titre). Une bonne partie de la nouvelle est donc consacrée à dépeindre le personnage revivant continuellement son agonie, sans que ses actions puissent changer quoi que ce soit. L’idée est loin d’être originale, mais la note d’espoir apporté par la réflexion finale a le mérite d’être enlevante, bien que pas tout à fait crédible.

 

Vien ensuite la malédiction du Lamba Mena, de Sophie DABAT. Elle met en scène une discussion entre un reporter et une femme malgache au passé trouble. L’auteure fait preuve d’une aisance désarmante dans le maniement du verbe et de l’intrigue, emportant le lecteur dans le récit d’une vengeance d’outre-tombe.

 

La nouvelle suivante, Aussi loin que la glace… de Tephida HAY, est probablement le texte le moins intéressant du numéro. La narratrice vit dans une immense lande de glace, dans un village où les humains luttent pour survivre contra la température. La protagoniste, cependant, est convaincue de l’existence d’une citée légendaire, Polaris, où le froid n’existe pas. Après s’être rebellée contre son mari et le Conseil du village (sans qu’il y ait de conséquence), elle s’enfuit et découvre Polaris, ainsi qu’une horrible vérité chamboulant toutes ses convictions. Vous l’aurez peut-être deviné, mais oui, elle se suicide à la fin, en plus. Peut-être est-ce la naïveté de la narratrice m’a surtout déplu, parce que je dois reconnaître que le texte est bien écrit.

 

C’est Romain LUCAZEAU, que les fidèles lecteurs de Brins d’éternité connaissent bien, qui nous propose Hors le Voile, une nouvelle e science-fiction complexe et dense. L’intrigue prend place dans une société fermée sur elle-même et dont les citoyens sont constamment cachés derrière des masques virtuels. Tous les quarante ans, les fonctions et les classes sociales sont redistribuées, chacun se soumettant à un effacement de mémoire, l’exercice ayant pour but d’assurer une société égalitaire et totalement équitable. Le personnage principal, Antiochus, doit enquêter sur un étrange écart entre la quantité de masques virtuels gérés par les ordinateurs et le nombre réels de citoyens. La nouvelle est intéressante et bien pensée, mais peut-être un peu trop condensée pour qu’on en apprécie les subtilités.

 

Le Pénitent rouge, du croate NIkola STJELJA, se démarque du lot par son atmosphère profondément  plus sombre et sanglante que celle des autres textes. On y suit le périple d’un prêtre-guerrier sur une Terre post-apocalyptique ravagée, notamment par des essaims meurtriers de mouches géantes. Mise à part la fin plutôt convenue et précipité, on a là une excellente nouvelle.

 

C’est avec le Prisonnier (rien à voir avec la série du même nom) de Nicolas BENARD que ce clôt ce numéro. Cette nouvelle de science-fiction raconte l’histoire d’un prisonnier qui purge sa sentence dans une UCO, Unité Cellulaire Orbitale. Le protagoniste passe le plus clair de son temps dans un simulateur cérébral, qui lui permet d’actualiser tous ses désirs. Il apprend rapidement qu’il a à tout moment la possibilité de se suicider en détruisant sa cabine, à l’instar de plusieurs de ses « voisins », qui choisissent la voie rapide pour retrouver la liberté. Sans qu’on sache jamais vraiment pourquoi. Si on exclu l’invraisemblance économique que représente l’entreprise d’isolation orbitale des prisonniers (oui, on économise en gardiens et en mesure de sécurité, mais les frais explosent (littéralement) avec toutes ces capsules qu’il faut reconstruire après chaque suicide, sans parler de l’approvisionnement en oxygène), c’est une nouvelle globalement bien écrite et bien construite que nous propose Bénard. Et c’est ce qui compte, après tout.

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